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La préhistoire

Le Paléolithique Ancien et Moyen 300.000 / 35.000 Ans

Les vestiges du Paléolithique ancien du type biface sont pour le moment inconnus dans notre région et les quelques rares pièces connues sont dépourvues de contexte archéologique et donc sujettes à caution. Si elles ont existé, les traces du passage des chasseurs de cette très ancienne et longue période ont été perturbées ou effacées par les épisodes climatiques froids qui ont pu voir quelquefois les glaciers avancer fort loin dans la plaine. Les décrues glaciaires et les glaciers eux-mêmes ont alors perturbé ou fait complètement disparaître les éventuelles traces du passage de ces groupes de chasseurs.
 
Les vestiges du Paléolithique ancien du type biface sont pour le moment inconnus dans notre région et les quelques rares pièces connues sont dépourvues de contexte archéologique et donc sujettes à caution. Si elles ont existé, les traces du passage des chasseurs de cette très ancienne et longue période ont été perturbées ou effacées par les épisodes climatiques froids qui ont pu voir quelquefois les glaciers avancer fort loin dans la plaine. Les décrues glaciaires et les glaciers eux-mêmes ont alors perturbé ou fait complètement disparaître les éventuelles traces du passage de ces groupes de chasseurs.
 
Des groupes de chasseurs devaient fréquenter alternativement les piémonts ou les basses terres en hiver (Mayoussière, Vinay) et les plateaux de moyenne altitude en été (massif des Coulmes, Vercors Nord-Ouest) avec quelquefois des incursions en montagne jusqu'à 1800m (grotte Chiffon, Villard de Lans). Ils fabriquaient des outils de silex taillés selon une technique bien particulière (technique Levallois). Cette technique du travail de la pierre est très élaborée et consiste à mettre en oeuvre une chaîne opératoire complexe qui sert à prédéterminer la forme et la dimension des éclats ou des lames qui peuvent être utilisés bruts ou façonnés en outils. Ce type de matériel est le fait de l'homme de Néandertal, race humaine présente dans tout l'ancien monde et disparue depuis environ 35 000 ans. Aucune trace de structure, d'habitat ou de foyer n'a pour le moment été découverte dans le département.
 
Les vestiges du Paléolithique moyen ont été découverts en grottes comme en plein air. Naturellement ils sont mieux conservés dans les grottes et dans certains cas, on trouve des ossements d'animaux associés aux outils en silex, comme c'est le cas dans la grotte de Prélétang, au Nord-Ouest du Vercors (les Coulmes), où les ossements de sangliers portent des traces de "décarnisation". Parmi les animaux présents pendant cette période, nous citerons l'ours des cavernes, le sanglier, le chevreuil, le bouquetin, le cerf, l?auroch, la marmotte et le lièvre.
 
La dernière période glaciaire (le Würm), dont le début est daté d'environ 75.000 ans, a concerné essentiellement les reliefs et a interdit aux hommes la fréquentation de notre région alpine, (sauf aux alentours de 40.000 ans, où les hommes de Néandertal ont pu faire leurs dernières incursions à la faveur d'un épisode climatique tempéré).
 
Dans le secteur des Quatre montagnes, on ne connaît pas de vestiges du Paléolithique ancien formellement attestés, par contre, ceux du Paléolithique moyen sont mieux connus et presque toujours situés en plein-air, comme aux Mourets ou à Payonnère Villard) et, d'une manière générale sur tous les promontoires du Val de Lans.

Du Paléolithique supérieur au Mésolithique 14.000 / 7000 ans avant le présent

Il faudra attendre la fin de la dernière glaciation, plus tardive dans notre région alpine, pour constater les premières installations des Homo Sapiens qui se diffusent alors largement en Europe occidentale dès 35.000 ans. Si leurs vestiges ont été mis à jour à l'entrée des grottes ou au pied d'escarpements, les chasseurs du Paléolithique supérieur aimaient s'installer en plein-air sous des tentes ou contre de gros blocs erratiques. La fréquentation pérenne des mêmes sites pour de multiples raisons comme la présence de silex, la bonne exposition ou la présence de l'eau, ont permis l'accumulation de dépôts quelquefois très importants. Les chasseurs fréquentaient alternativement les zones de plaine, de piémont et de montagne sans toutefois dépasser, à quelques exceptions près, l?altitude de 1200m. La variété des biotopes rencontrés offrait aux Préhistoriques une grande diversité de ressources. Deux cas intéressants d'explorations souterraines ont été découverts sur le massif du Vercors (les grottes du Campagnol et de Charbonnière), vers 1800m d'altitude : des torches en bois de pin jalonnaient les galeries, accompagnant quelques outils de silex. Les deux grottes semblent avoir été explorées par simple curiosité ou peut-être pour rechercher de l'eau, si rare en milieu karstique..
 
Les Magdaléniens évoluent dans un paysage de toundra, peu boisé de bouleaux et de pins. Ces chasseurs traquent cheval, le renne, le bouquetin et quantité d'autres animaux. Ils pratiquent la pêche à la truite et au saumon. L'art pariétal n'est pas connu en Isère ni dans les Alpes du Nord mais on connaît de magnifiques oeuvres d'art mobilier sous forme d'os ou de bois de renne gravés dans les départements voisins de la Drôme et de l'Ain.
 
Les Aziliens succèdent aux Magdaléniens vers 12.000 avant le présent. Ils connaissent un réchauffement climatique important et, lentement, le territoire se couvre de forêts. La faune "froide" est remplacée par le cerf, le chevreuil et le sanglier.
 
L'arc est inventé et le chien est déjà domestiqué, les chasseurs aziliens s'installent souvent sur les mêmes emplacements que les Magdaléniens.
 
Aux différentes périodes, le silex était récolté dans les préalpes et le plus souvent taillé sur place, tels les ateliers magdaléniens du col de la Charrnette (Chartreuse) ou aziliens du Clos de Lans (Vercors). La recherche de l'origine des matières premières employées constitue un élément précieux d'information sur leurs sources d'approvisionnement et donc sur leurs déplacements.
 
Les outillages des deux cultures sont proches et ne diffèrent que par quelques nuances. La base de l'outillage est confectionnée sur des lames de silex utilisées brutes comme couteaux ou retouchées en outils aux fonctions précises : grattoirs, burins, perçoirs, racloirs... A l'Azilien, l'invention de l'arc va de pair avec la fabrication d'armatures stéréotypées (pointes à dos). L'outillage en os et en bois animal est principalement constitué de harpons barbelés, d'aiguilles à coudre et de pointes d'armes de trait. Aucune sépulture de ces périodes n'est connue pour lors dans le département de l'Isère. Cependant quelques découvertes récentes dans la Drôme nous montrent des inhumations où l'outillage en silex est accompagné quelquefois de nombreuses parures, ce qui laisse entrevoir des rites funéraires complexes.
 
Vers la fin de la période azilienne, aux alentours de 9000 ans avant le présent, le réchauffement climatique progressif va provoquer de profonds changements écologiques et la faune "froide" va disparaître complètement pour être remplacée par la faune actuelle, dans un contexte de plus en plus forestier. Les armatures de flèches et l'outillage de silex vont se miniaturiser : c'est le début du Mésolithique.
 
Dans le canton de Villard de Lans, les vestiges des derniers Paléolithiques sont peu courants mais cependant assez bien connus pour avoir souvent été conservés de manière concentrée, puisque ces vestiges n'ont pas connu les perturbations de la dernière glaciation. On trouve les traces de ces chasseurs principalement dans le Val de Lans, aux Geymonds et à la Conversaria, mais aussi à Bois Barbu et dans l'important abri sous bloc des Pierres, près des Gauchets. Dans le Val d'Autrans, la grotte Colomb et celle de la Passagère sont deux stations anciennement fouillées qui ont livré d'importantes informations sur les modes de vie des chasseurs de cette fin de Paléolithique. Ils étaient spécialisés dans la trappe à la marmotte, probablement pour sa peau et chassaient par ailleurs des cervidés, des bovidés et les derniers rennes encore présents.

Le Mésolithique 9000 / 7000 ans avant le présent

Vers 9000 ans avant le présent, à la faveur d'un adoucissement général du climat, favorisant alors l'extension générale de la forêt, les Mésolithiques occupent tout l'espace disponible, y compris les pelouses d'altitude situées au-dessus de la limite boisée. Ce sont les derniers chasseurs exclusifs. La répartition des sites mésolithiques concerne essentiellement le secteur montagnard du département et plus spécialement les Préalpes et la zone périalpine. Les Préhistoriques ont occupé la montagne jusqu'à des altitudes de 1800m et plus. En 1995, des découvertes intéressantes dans le massif du Taillefer, à 1850m d'altitude, vont contribuer à combler un vide cartographique, aucun vestige préhistorique n'étant connu jusqu'alors dans les Alpes cristallines. La répartition cartographique des sites n'est en fait qu'un "état des lieux" de notre connaissance et non le reflet fidèle des occupations préhistoriques. Le vide existant dans le Nord et le Nord-Ouest de l'Isère est peut-être plus lié au manque de recherches sur ces périodes qu'à une désertification humaine de ces secteurs.
 
Les prospections intensives de ces dernières années ont considérablement enrichi notre connaissance des derniers chasseurs. De nombreuses découvertes ont montré que c'est au Mésolithique qu'on constate la plus forte densité de sites. En s'appuyant sur des gisements aux remplissages stratifiés, il a été possible de dater avec une assez grande précision les différentes phases d'occupations. Par comparaison, et en se basant sur la typologie des matériels en silex, on peut tenter de dater les stations de plein-air, dans lesquelles les vestiges de nature organique fiables, datables par les méthodes isotopiques, sont complètement absents.
Les prospections intensives de ces dernières années ont considérablement enrichi notre connaissance des derniers chasseurs. De nombreuses découvertes ont montré que c'est au Mésolithique qu'on constate la plus forte densité de sites. En s'appuyant sur des gisements aux remplissages stratifiés, il a été possible de dater avec une assez grande précision les différentes phases d'occupations. Par comparaison, et en se basant sur la typologie des matériels en silex, on peut tenter de dater les stations de plein-air, dans lesquelles les vestiges de nature organique fiables, datables par les méthodes isotopiques, sont complètement absents. Les chasseurs mésolithiques ont un mode de vie saisonnier, habitant les secteurs de piémonts en hiver où ils installent préférentiellement leurs habitats dans des abris sous roche ( la Grandelôvoire, Vercors) et la montagne en été, habitant probablement sous tentes ou quelquefois, utilisant la paroi de gros blocs erratiques ou d'effondrement (l'Aulp du Seuil, Chartreuse). Ce sont toujours les points d'eau qui vont commander les campements. On connaît aussi des sites d'étapes sous abri ou en plein-air aux altitudes de 1 000m comme à Charmate, l'Echelle ou le Faz (Vercors).
 
Les Mésolithiques exploitent au maximum les potentialités offertes par la diversité des biotopes rencontrés. La faune chassée illustre cette richesse du milieu : tortues et castors en plaine, cerfs, sangliers et chevreuils dans l'étage collinéen, chamois et bouquetins dans l'étage montagnard.
 
Les ossements d'ours bruns sont fréquents mais ne correspondent pas à une chasse systématique. Au Castelnovien, on connaît à la Grande-Rivoire le cas d'un ours brun tenu captif pendant plusieurs années avant d'être probablement tué, et peut-être consommé par les Préhistoriques.
 
Ces groupes humains sont parfaitement autonomes et très mobiles. Ils fabriquent des outils et des armes de chasse à partir de petites lamelles de silex. Les flèches, tirées à l'arc, étaient équipées de microlithes de formes géométriques dont la taille peut être inférieure à 5 mm. Insérés de part et d'autre de la hampe, les microlithes formaient des barbelures. Les Mésolithiques sont peu consommateurs de silex et ne sont pas inféodés aux gîtes siliceux. Les Castelnoviens séjournent aux mêmes emplacements que les Sauveterriens.
 
On remarque qu'aucune forme de création artistique n'est connue pendant cette séquence.
 
Les Mésolithiques, contraints à l'adaptation rapide, et apparemment ouverts aux innovations, vont pratiquer vers le début du septième millénaire, l'élevage du boeuf, annonçant des contacts avec les pionniers du Néolithique, issus eux aussi du monde méditerranéen.

Du Néolithique au Chalcolithique 7000 / 4000 ans avant le présent

Les pionniers du Néolithique s'installent en Provence dès 7000 avant le présent. Ils ont laissé les traces d'une culture dite "cardiale" parce qu'ils décoraient leurs poteries à l'aide d'un coquillage marin : le cardium. La "néolithisation" se diffuse en Europe occidentale environ deux millénaires après le Proche-Orient. Il faudra attendre le début du sixième millénaire avant le présent pour constater l'implantation des premiers Néolithiques de tradition cardiale dans notre région.
 
Ces premières implantations sont rares et seulement connues pour le moment au pied du Vercors, à la Grande-Rivoire. Ces premiers Néolithiques remontaient le couloir rhodanien et ses affluents et pouvaient entrer en contact avec les groupes de chasseurs de la toute fin du Mésolithique. Ces derniers avaient déjà eu des contacts avec des courants novateurs puisque le boeuf est déjà domestiqué dans plusieurs sites (Balme-Rousse et la Grande Rivoire en Vercors).
 
En montagne, on constate souvent leur présence aux mêmes emplacements que les Mésolithiques, mais les occupations sont nettement moins importantes et la céramique totalement absente. Il semblerait que les Néolithiques cardiaux suivent quelque peu les traditions des peuples chasseurs, bien qu'aucune céramique datable n'ait été trouvée dans les zones d'altitude. On rencontre des éléments de Néolithique ancien en Chartreuse vers 1750m d'altitude (l'Aulp du Seuil) ainsi que dans le Vercors (cirque de Choranche, Balme-Rousse et Coufin) et dans les Coulmes (Pas de l'Echelle).
 
Des fragments de poteries typiques d'une culture italienne, les "vases à bouche carrée" ont été trouvés à Charmate et peut-être à la Grande-Rivoire (Vercors). Sur les piémonts, les Néolithiques de tradition cardiale élèvent le mouton et probablement le boeuf. Ils chassent essentiellement le cerf, le bouquetin et le sanglier mais aussi toute la palette de la faune tempérée.
 
Les flèches sont systématiquement armées de pointes en silex dites "tranchantes", de forme triangulaire. Bien qu'ils connaissent la mouture des végétaux sur des meules dormantes, aucune trace de céréales n'a été détectée jusqu'alors. De plus, il n'a pas été trouvé de haches polies de cette période.
 
Les flèches sont systématiquement armées de pointes en silex dites "tranchantes", de forme triangulaire. Bien qu'ils connaissent la mouture des végétaux sur des meules dormantes, aucune trace de céréales n'a été détectée jusqu'alors. De plus, il n'a pas été trouvé de haches polies de cette période.
 
Vers 5000 ans avant le présent, de nouvelles vagues d'influences culturelles, toujours méridionales, vont favoriser la pratique de l'élevage, de l'agriculture et l'installation systématique de ces premiers paysans vrais. Ils ne tarderont pas à s'installer en plaine (Francin, Grésivaudan) ou sur des éminences (Saint Loup, contreforts du Vercors) qui offrent déjà, une protection naturelle, ce sont les Chasséens. Des sépultures chasséennes sont connues dans la grotte de Comboire (contreforts nord-est du Vercors).
 
Cette grotte a d'ailleurs servi de sépulture jusque vers la fin du premier millénaire av. J.C. Ils ne fréquentent plus les zones d'altitude et ne montent que sporadiquement en montagne pour s'approvisionner en silex. Le bord des lacs sera ensuite colonisé par des Néolithiques de la culture "Saône-Rhône" qui pratiquent aussi l'élevage, ajoutant la chèvre puis le porc à leur cheptel, la culture du blé et de l'orge, un artisanat florissant ainsi que des échanges à longues distances (Charavines).
 
Le Chalcolithique marque le stade ultime du développement néolithique. Sous ce terme, se rassemblent des cultures polymorphes, subissant des influences complexes, tant du courant rhodanien (Provence - Languedoc) que du bassin de la Saône et du Plateau Suisse..
 
.Les pratiques funéraires en ossuaires collectifs sont plus que jamais d'actualité et plusieurs cas de sépultures en grottes sont connus dans ledépartement (Fontabert, Cluse de Voreppe et Comboire, contreforts est du Vercors). Les corps sont accompagnés d'un riche mobilier funéraire : perles et pendeloques, outils en os et en silex, poteries...
 
.C'est probablement au Chalcolithique de tradition chasséenne qu'il faut attribuer les nombreuses haches polies isolées trouvées dans le département. Le cuivre est encore très rare et représenté principalement par quelques outils de petite taille. Il accompagne quelquefois la céramique "campandorme", poteries en forme de cloche finement décorées à l'outil.
 
.A l'aube de la métallurgie, il semble qu'on n'ait jamais autant travaillé le silex comme en témoignent les importants ateliers de taille du Vercors-Sud et Nord Val de Lans, Autrans).
 
.Enfin, la découverte fréquente d'armatures de flèches en montagne nous montre une active fréquentation de celle-ci par les chasseurs chalcolithiques jusqu'à plus de 2000m d'altitude dans certains cas (Hauts Plateaux du Vercors). La démographie et donc la pression de chasse pouvait être déjà importante en plaine et on cherchait le gibier en altitude.