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Géologie

Les premières explorations

Le portait physique que nous avons esquissé dans Portait du Vercors serait incomplet si l'on n'évoquait pas un autre Vercors, un Vercors caché, souterrain, qui ne fut révélé au monde qu'à la fin du XIXème siècle, grâce aux premières explorations spéléologiques de gens du pays. Avec les moyens de l'époque (échelles, cordes, bougies), E. Mellier et O. Descombaz de Pont-en-Royans entreprirent d'explorer quelques grottes, dont celles du Bournillon dans la vallée de la Bourne et du Brudour (par Martel) dans la forêt de Lente.
Ces pères de la spéléologie ouvrirent la voie à des générations de spéléologues. De nos jours, le Vercors, grâce à l'exceptionnelle richesse et à l'étendue infinie de son monde souterrain représente un lieu d'élection pour les spéléologues du monde entier. On a pu dire que le Vercors est à la spéléologie ce que Chamonix est à la montagne. Ainsi, le massif calcaire du Vercors dissimule plus de 1500 grottes et gouffres recensés, dont le plus connu est certainement le gouffre Berger qui fut le théatre de la première descente à moins de 1000 mètres dans l'histoire de la spéléologie et détint pendant longtemps le record mondial de profondeur avec moins 1198 mètres. Aujourd'hui, on est loin d'avoir découvert toutes les richesses cachées de ce monde souterrain et l'exploration scientifique de ce massif de quelques 1000 km2 se poursuit.
Le massif du Vercors travaille donc silencieusement. Il a le temps pour lui. Les changements patents s'opérent sur des millions d'années. Ce constat nous ramène à l'aube des grands bouleversements, il y a plus de 150 millions d'années, quand tout a commencé.

Gestation du Vercors géologique

A l'ère secondaire (crétacé), les Alpes ne sont pas encore nées. A la place, des mers chaudes et peu profondes fécondent le terrain brut. Le Vercors est en gestation : pendant plus de 85 millions d'années des dépôts de sédiments s'accumulent, issus de l'érosion et des mers. Planctons, coraux, algues, coquillages, animaux divers invertébrés ou non s'agglutinent, ce qui explique la présence aujoud'hui de nombreux fossiles marins (empreintes d'oursins, moulages d'huitres, ammonites, dents de requins, ...).
 
Au fond de ces mers, à la fin de l'ère secondaire, une sorte de millefeuille de quelques 2000 mètres d'épaisseur s'est formé, où alternent les différentes roches sédimentaires : calcaires plus ou moins durs nés dans des mers peu profondes et marnes plus ou moins tendres développées dans des mers profondes. Parfois les couches atteignent des centaines de mètres d'épaisseur. Le non-initié parviendra sans mal à en distinguer certaines au cours de ses randonnées.
 
De cette période, il faut donc souligner un fait important : le massif du Vercors est essentiellement constitué d'un calcaire dur appelé calcaire urgonien, dont l'origine est le corail d'une mer chaude, et qui vient couvrir des couches plus fragiles et plus tendres en les protégeant. Il se distingue en cela du Diois, du Trièves et du Royans, recouverts par des mers profondes dont les sédiments sont moins riches en calcaire. Ainsi ces pays sont ils faits de nos jours de collines modelées dans des terrains tendres, tandis que le Vercors est marqué par la présence de la roche.

Orogenèse du Vercors

A l'ère tertiaire surgissent de grands bouleversements tectoniques qui affectent l'écorce terrestre et ébranlent les fonds sous-marins du Vercors, jusqu'alors paisibles. Les Alpes se soulèvent, entraînant la disparition des mers. Le Vercors émerge pour la première fois des eaux au crétacé supérieur et connaît lui aussi son orogenèse. Des mouvements de compression soulevant la plaque rocheuse du Vercors viennent de l'est, des Alpes naissantes. C'est donc dans cette direction que le massif offre ses lignes de crête les plus hautes et ses falaises les plus abruptes. Sous l'action des forces tectoniques, les roches sédimentaires, les couches du millefeuille, glissent les unes sur les autres vers l'ouest, se plissent (par exemple: à Sassenage et à Pont-en-Royans les plis sont nettement enroulés), et se fracturent. Les plis s'atténuent vers l'ouest. Le nord, plissé en longues rides régulières, est plus étroit que le sud. Enfin un long pli de direction Nord-Sud se forme, remarquable synclinal allant du col de Roméyère au nord du col du Rousset au Sud. A l'issue de l'ère tertiaire, il y a 6 millions d'années, Le Vercors s'est donc hissé à plus de 1000 mètres au dessus des eaux, s'isolant ainsi des régions avoisinantes par de hautes falaises au retombées verticales.
Pendant cette période où le Vercors naît à l'air libre, l'environnement climatique se modifie : d'un climat tropical à l'ère secondaire on passe à un climat qui se refroidit progressivement. Cette modification s'accompagne de la disparition d'un bon nombre d'espèces dont les dinosaures, et de l'apparition des mammifères comme groupe d'animal dominant.

Le travail de l'érosion

Dès le début de l'ère quaternaire le refroidissement de la planète s'accentue profondément. L'Europe est recouverte d'immenses glaciers. L'actuelle vallée de l'Isère et Grenoble se trouvent ainsi sous un glacier épais de 2 à 3000 mètres, qui creusera la vallée et lui donnera la forme caractéristique en U des vallées glacières.
 
Des glaciers locaux plus modestes occupent les plateaux du Vercors, par exemple sous le grand Veymont et sur le plateau de Lente. Il y a aussi semble-t'il un lac glaciaire dans le val de Lans entre Villard et Lans. Les langues de ces glaciers descendent vers l'ouest, en direction du Royans, glissant le long de la pente est-ouest, esquissée par le soulèvement des Alpes. Ces langues et ces torrents qui en sont issus creusent progressivement les gorges de la Bourne, les Goulets de la Vernaison et de Combe-Laval. En se retirant, les glaciers abandonnent sur leur passage des moraines, amas de roches et de cailloux facilement identifiables car différents des paysages d'ensemble. On en retrouve dans le Val de Lans ou dans la vallée de Saint Agnan. Le Hameau de la Britière se trouve construit sur la moraine même.
 
On retient donc de cette période la puissance des phénomènes d'érosion : les torrents d'eau froide sont capables de dissoudre de grosses quantités de roche calcaire. L'eau des torrents accentue ainsi le creusement des failles nées sous l'effet des mouvements tectoniques. En s'infiltrant dans ces fissures, elle laisse place progressivement à un réseau de grottes qui, à certains endroits, deviennent d'immenses gorges ou encore de véritables cirques, comme le cirque de Combe-Laval, le cirque du Val-Sainte-Marie ou le cirque d'Archiane. Sa force abrasive explique également la verticalité des falaises du Vercors.

Pourquoi si peu de rivières ?

Aujourd'hui, après 6 millions d'années d'érosion, le vent, la pluie, le gel, la neige et les cours d'eau poursuivent le lent travail de sape et d'usure, approfondissant ainsi le creusement des combes, des gorges et des cluses. Cette érosion peut prendre une forme particulière dans le Vercors : on observe en effet en forêt de Lente ou dans le secteur du Purgatoire sur les hauts plateaux la présence de lapiaz. Ce sont des fissures creusées par l'eau dans le calcaire, qui vont jusqu'à former des scialets, sortes de petits gouffres, ou encore des dolines, entonnoirs dont le fond est plat et constitué d'argile. Localement, ils sont aussi nommés pots. A ce réseau aérien ponctué de dolines ou de scialets correspond souvent une rivière souterraine qui trouve son chemin à travers les multiples fissures du calcaire. Ainsi, il existe très peu de cours d'eau sur le plateau et aucun sur les hauts plateaux. L'eau descend profondément sous terre, jusqu'à ce quelle rencontre des couches imperméables comme les molasses. A ce stage, l'eau souterraine peut alors s'échapper à l'air libre par des résurgences qui se forment lorsque le système souterrain est saturé. On trouve un résurgence par exemple à la grotte de la Luire. Le travail des eaux fait donc du Vercors un véritable karst, reconnaissable à ses formes de surface (lapiaz, dolines, scialets), et à ses formes souterraines (rivières souterraines, résurgences, etc.).
L'importance des phénomènes karstiques permettent de comparer le Vercors à "un colosse aux pieds d'argile", ou encore à une immense dent dont la carie se creuse sans trêve. En effet, la roche calcaire, dure, recouvre des couches plus tendres qui constituent la base du massif. A travers les millénaires, cette base finit par ne plus pouvoir jouer son rôle de support et par s'effondrer. Les falaises apparaissent alors à vif, plus ou moins verticales, des éboulis jonchant leurs pieds.
Le karst offre toute une gamme de curiosités : la calcite dissoute par l'eau crée année après année, à la faveur des infiltrations, des stalactites et des stalagmites aux formes sculpurales très variées, que l'on peut par exemple admirer dans les grottes de Choranche. Les glacières sont des cavités dans le fond desquelles la neige accumulée et comprimée (parfois manuellement) se transforme peu à peu en glace. Les cafetiers de Grenoble venaient autrefois se fournir en pains de glace à la glacière d'Autrans ou à celle de Corrençon.