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Vercors > Histoire > Le moyen âge

Autrans au Moyen-Age

Les vestiges les plus anciens de la présence humaine dans le Nord Vercors datent du paléolithique et du mésolithique. Il s'agit de gisements de plein air, d'outils en pierre taillée découverts notamment aux Mourets à Villard de Lans, aux Guillets à St-Nizier et correspondant à la présence de chasseurs qui devaient s'établir là à la belle saison. De même les fouilles de la grotte de la Passagère à Méaudre ont prouvé que cet abri fut utilisé au paléolithique moyen puis au mésolithique par des trappeurs, chasseurs de marmottes.
Sur certains rochers de la région (grotte de la Ture d'Autrans, puits aux Ecritures de Gève et de Sornin, rochers près de Corrençon...) on peut voir des signes ésotériques que des bergers auraient gravés en des temps très anciens. Il n'y a en fait aucune certitude. Pourtant "l'exploitation des forêts par les trappeurs et celle des sommets herbeux par les pâtres ont dû précéder de loin le défrichement des terres agricoles. A Vassieux la tradition veut que la transhumance des troupeaux provençaux soit antérieure à la création du village. A Autrans, on dit aussi que les premières traces d'exploitation du secteur se situent à la Ture près du pas de Montbrand, puis aux Fenêts, à Plénouze et à Belle-Combe (zones d'alpages). L'appropriation des terres de culture inférieures, qui se trouvaient d'ailleurs dans des zones inondables, et la création des villages d'Autrans et de Méaudre seraient beaucoup plus tardives" .
 
Mais comment avancer une date pour cette sédentarisation ? L'archéologie nous révèle très peu de choses. Entre la fin de l'âge de bronze et le Moyen-Age, le secteur n'a livré qu'un minimum de vestiges : quelques sépultures, quelques vases, quelques monnaies romaines. Aucune comparaison avec les trouvailles archéologiques dans les communes de la vallée de l'Isère. "Il est probable" écrit Annick Ménard "que le pays des Quatre montagnes n'ait commencé à être peuplé de manière permanente qu'aux environs de l'an Mil... époque d'amélioration climatique et d'essor démographique". Mais cette hypothèse est, elle aussi, incertaine. Il semble étonnant qu'il n'y ait eu ni habitation ni labour dans les vals de Lans et d'Autrans durant les temps Gallo-Romains et même avant. Il faudrait bien sûr de nouvelles découvertes pour le démontrer.
 
Et qui nous dira comment le pays a traversé les "siècles obscurs" après la chute de Rome ? Comment cerner les contours du peuplement saisonnier ou permanent ? Les légendes comme celle de Saint Bonet évêque de Clermont venu au hameau des Bonnets près de Ville-Vieille à Villard de Lans sont, bien sûr, de pure invention. Mais d'où viennent ces noms aux racines latines (Villa-Viella)? L'étude de la toponymie locale pourrait-elle nous apporter quelques idées à ce sujet ?

Les Temps Féodaux

Avec les Xe et XIe siècles, le pays des Quatre montagnes sort de l'ombre grâce aux informations conjuguées de premiers documents d'archives et de découvertes archéologiques.

Recherches archéologiques et "Mottes castrales"

Ces recherches ont notamment mis en évidence l'existence de plusieurs "Mottes castrales", systèmes défensifs implantés sur un relief plus ou moins aménagé et constitués d'une tour en bois entourée de palissades. Derrière ce faible rempart les paysans venaient en cas de danger extérieur mettre à l'abri leurs personnes et leurs biens. "La motte castrale est l'expression d'un pouvoir territorial dirigé par un lignage familial local." Le pouvoir féodal prend ainsi naissance sur place. Il sera, plus tard, récupéré par les puissants seigneurs de Sassenage.
 
A Autrans, en plus de la motte castrale "du Château", les fouilles archéologiques ont mis en évidence l'existence de deux maisons fortes, (Malatan à 300 mètres au sud du Château et La Tour au nord d'Andrevière) qui ont pu, elles aussi, être occupées au Moyen-Age par les vassaux des Sassenage. Ces connaissances fournies par l'archéologie se recoupent avec les informations données par les documents.

Implantations religieuses

L'organisation féodale naissante autour des motte castrales se développait parallèlement à la pratique religieuse et à l'implantation des églises et de chapelles. Il n'est pas possible, là encore, d'avancer de date au sujet de ces implantations sur lesquelles on ne possède pas de document.
A partir du Xe siècle, le grand mouvement de réforme de l'Eglise, conduit par la papauté et le monde monastique (fondation de Cluny en 910) atteint le diocèse de Grenoble et entraîne l'organisation des deux clergés séculier et régulier (fondation de la Grande Chartreuse en 1084). Les premiers textes d'archives nous renseignent à ce sujet.

Clergé séculier : Les Paroisses

On ne connaît guère de Paroisses avant le XIe siècle. Il faut attendre les cartulaires de St-Hugues, évêque de Grenoble, au début du XIIe siècle pour être assuré de l'existence de trois premières paroisses, l'une à Lans, une seconde à Villard de Lans et une troisième près d'Autrans l'énigmatique Chiadaresco. "Les seigneurs locaux avaient-ils mis la main sur les églises ou les avaient-ils créées ? En tout cas, St-Hugues fit restituer par Reinald de Lans celles de Lans et d'Engins".
 
Au nord du canton, le mystère de l'implantation de l'église de Chiadaresco n'a pas été élucidé faute d'avoir retrouvé les traces de ses fondations. L'église d'Autrans est, elle aussi, citée dans les cartulaires de St-Hugues qui donnent, pour la première fois, l'appellation de nos villages : ici "Ecclesia de Austran" ou Austranum ou Otrans au XIIIe siècle, plus tard Aoustran. L'église d'Autrans fut dédiée à St-Nicolas et à Sainte-Marguerite et confiée au contrôle du prieuré conventuel bénédictin de St-Robert de Cornillon près de St-Egrève. Cette église qui, comme celle de Méaudre, était en très mauvais état, a fait l'objet d'une reconstruction au XIXe siècle. Il ne reste du Moyen-Age que la partie basse du clocher.

Clergé Régulier : Monastères

"Les Chartreux et les Cisterciens s implantèrent au XIIe siècle dans le Vercors, les premiers aux Ecouges (1116) et à Bouvante (1144), les seconds à Léoncel (1137) et à Valcroissant (1188)".
 
Le vallon des Ecouges se trouve sur la commune de Rencurel et ne fait pas partie du canton de Villard de Lans. Il est cependant très proche d'Autrans, à l'ouest, derrière les crêtes de l'Ours, directement accessible à pied par le pas de Montbrand. Comment ne pas le considérer comme partie des Quatres montagnes ? L'histoire de la fin de la Chartreuse des Ecouges, est relatée en détail par M. Wullschleger dans l'article suivant. Nous ne retiendrons ici de cette chartreuse que deux aspects de voisinage qui nous semblent importants et sont caractéristiques de ces implantations monacales:
 
* C'est en premier lieu l'intervention initiale et le soutien de la puissance seigneuriale pour cette fondation cartusienne (cession d'origine, par Raymond de Lans, de la terre nécessaire à cette chartreuse, donation ultérieure de nouvelles terres par Hugues de Rencurel, legs testamentaires divers durant les XIIe et XIIIe siècles).
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Organisation seigneuriale

Les informations restent assez rares au XIVe siècle pour connaître un peu la vie du pays. En 1338 nous savons cependant que le baron Albert de Sassenage octroie à ses gens des Quatre montagnes une charte de franchise qui leur donne quelques avantages par rapport au reste de la population. A cette époque il apparaît en effet que les Sassenage n'étaient pas encore maîtres de tout le pays. Autrans, notamment, dépendait en partie de la seigneurie d'Arces de Saint-Ismier. Soufrey d'Arces reconnaît en 1413 tenir "le domaine de Payenot" directement du dauphin. D'après des documents ultérieurs émanant de la famille de Boissieu successeur des Arces, il semblerait que ce fief de Payenot était situé au hameau d'Andrevière non loin de l'église. De toute façon ces possessions de la famille d'Arces et de quelques autres nobles furent acquises par le baron de Sassenage à compter de 1479.
 
Nous trouvons encore quelques renseignements locaux dans l'enquête établie en 1339 par le dauphin Humbert Il qui cherchait à l'époque à vendre ses états au pape. Mais les textes qui nous renseignent le plus sur la vie des habitants restent "les Terriers", documents établis périodiquement par le seigneur. Ils définissaient les droits d'occupation du sol et les redevances correspondantes. Ces terriers officialisaient le pouvoir du seigneur et les reconnaissances de ses tenanciers. ils permettaient d'assurer le paiement des droits seigneuriaux. A ces documents, s'ajoutent encore "les Révisions des feux" qui sont des enquêtes destinées à actualiser leur nombre dans chaque communauté (le nombre de feux n'était pas le nombre réel de foyers, mais une sorte de coefficient fiscal qui déterminait la valeur globale de l'impôt à payer par la communauté).

Terrier d'Autrans du XVe siècle

Tous ces textes anciens, écrits en latin, sont difficiles à interpréter. On ne peut, en général, pas retrouver l'emplacement exact des terrains énumérés. Quelques chercheurs ont cependant dépouillé et commenté certains de ces documents et nous avons la chance, pour Autrans, de pouvoir un peu connaître la vie des paysans au XVe siècle, grâce à l'étude des terriers de la baronnie de Sassenage effectuée en 1992 par V. Chomel.
 
Ces terriers ont été établis à partir de 1468, à la demande du baron Jacques de Sassenage. Ce grand seigneur, deuxième baron du Dauphiné, favori du Dauphin Louis II (le futur Louis XI), était à la fois brillant homme de guerre et sage gestionnaire. Dans les vingt dernières années de sa vie, avec l'accord du Parlement de Grenoble, il fit rétablir par un notaire, Martin Perrot, tous les terriers de sa baronnie. L'opération qui nécessitait d'effectuer sur place toutes les visites aux habitants, de manière à établir avec eux les reconnaissances d'albergement, était d'une extrême lenteur. Cependant, en 1489, à l'achèvement de cet enregistrement, après vingt et un ans d'enquête, le grand terrier établi sur parchemin, recensait en détail la situation des quatre cent vingt cinq chefs de familles taillables de la châtellenie des Quatre montagnes, en indiquant notamment les noms des tenanciers, la description des parcelles, les cultures des terres, le montant du cens, l'effectif des communautés, etc... A Autrans, le nombre des dépendants atteignait un total de quatre vingt six.
Il n'est pas possible d'établir un état absolument rigoureux des terres labourables et des prairies exploitées par ces familles, mais il apparaît que le fond du synclinal d'Autrans, "la vasque d'Autrans" comme l'appelle Raoul Blanchard, était intégralement cultivée. Ce que met en évidence le document, c'est, pour la population d'Autrans de l'époque, une véritable pénurie de terres à usage de labour ou de pâture. Il fallait, en complément, avoir recours aux zones de taillis et de bois qui entourent le village, zones dans lesquelles se pratiquaient un "pâquerage" (Pâturage des bêtes à cornes dans la forêt) et une exploitation forestière plus ou moins bien reconnus par le terrier. Sur les quatre vingt six tenanciers d'Autrans, huit seulement possédaient des parcelles couvrant 5 sétérées (1,9 hectare) d'un seul tenant. On retrouve sur le terrier le nom des groupes familiaux locaux, les Bertrand, Jullian, Torrane, Allegroz etc... et aussi les Eybert implantés au hameau des Eybertières. Sur les quatorze chefs de famille que comportait ce groupe des Eybert, la moitié s'exprimait au nom de communautés familiales. La condition des uns et des autres était très contrastée : la "fréresche" d'Antoine, Amédée et Jean Eybert, dits de La Roche, se contentait de quatre parcelles, totalisant moins d'un hectare. François Eybert, par contre, entré dans la noblesse, lui-même notaire, en détenait une vingtaine, soit plus de huit hectares. Mais pour la fréresche de Jean, Pierre, Michel et Antoine Eybert, l'indivision portait sur les deux tiers de la moitié d'une parcelle de cinq cartelés (47 ares). Pour d'autres, l'indivision portait sur les deux tiers d'une pièce de terre et "narce" (prairie marécageuse ou bourbier) d'une sétérée, ou sur le douzième d'un petit bois. Maisons d'habitation et granges étaient souvent, comme aux Eybertières, objet de pareilles dislocations.
 
On entrevoit ainsi, au travers d'une telle étude savante, ce que devait être, à Autrans, en ce siècle ancien, la communauté paysanne: une population de l'ordre de quatre ou cinq cents personnes, vivant chichement sur de maigres terres divisées à l'extrême, regroupée pour la majeure partie en communautés familiales hiérarchisées, associées entre frères, beaux frères, neveux, cousins, liés par des contrats familiaux complexes et acceptant les obligations de l'albergement imposé par le seigneur et reconnu par le chef de famille.
Ces propriétés indivises posaient, lors des successions, des problèmes inextricables et empêchaient, en général, les individus et les couples de quitter la communauté. Les communautés familiales soudées avaient, au contraire, tendance à entrer dans des associations plus larges, organisees en "pareries" reconnues par le seigneur de Sassenage. La parerie permettait notamment à ses membres, d'avoir la jouissance des pacages et des bois sur certains parcours, tels que ceux qui accédaient aux "communes" de Bellecombe, Claret, Gève, Montbrand etc...
 
Ces propriétés indivises posaient, lors des successions, des problèmes inextricables et empêchaient, en général, les individus et les couples de quitter la communauté. Les communautés familiales soudées avaient, au contraire, tendance à entrer dans des associations plus larges, organisees en "pareries" reconnues par le seigneur de Sassenage. La parerie permettait notamment à ses membres, d'avoir la jouissance des pacages et des bois sur certains parcours, tels que ceux qui accédaient aux "communes" de Bellecombe, Claret, Gève, Montbrand etc...
 
Le baron de Sassenage était le seul haut justicier du canton. Un texte de 1400 nous apprend qu'un représentant du pouvoir seigneurial habitait Autrans dans l'une des maisons fortes. C'était un auxiliaire du mistral (représentant du seigneur), noble Jean Gattelier, qui devait plutôt se tenir à Lans, centre de la châtellenie des Quatre montagnes.
 
On voit ainsi l'emprise de plus en plus grande que les Sassenage prirent à cette époque sur le pays lorsque les terriers des autres nobles furent acquis par leur famille. L'étude du grand terrier de 1489, fait bien apparaître la bonne gestion du baron Jacques : Acquisition de nouvelles terres, aménagement de certaines redevances pour tenir compte de la situation des paysans (on a tendance à diminuer le cens tout en maintenant fermement les rentes en nature, seigle, avoine etc...), mise à la disposition des habitants de zones forestières (ce qu'on ne devait, de toute façon, pas pouvoir empêcher), interdiction aux habitants de contracter sur leurs terrains aucune pension ou rente morte de seconde main etc... A noter enfin, à Autrans, la vigueur des communautés familiales regroupées en pareries paysannes ou en fédérations plus larges reconnues par le seigneur de Sassenage.
 
Pour terminer notre évocation, il faut encore parler de la forêt: "Entre 1403 et 1418 eut lieu un procès entre le seigneur de Sassenage et les habitants d'Autrans. Ceux-ci étaient accusés de ne pas se contenter de prendre le bois nécessaire à leurs propres besoins, mais d'en faire le commerce avec l'extérieur". Ainsi, la vente des grands bois et leur acheminement vers la vallée de l'Isère étaient-ils déjà pratiqués au XIVe siècle et peut-être même avant ! Il est surprenant d'apprendre par là, qu'en ces temps reculés, les habitants du val d'Autrans, qu'on disait si isolés, avaient déjà su organiser ce commerce qui nécessitait l'exécution des coupes, le débardage des "billons" jusqu'aux crêtes, leur descente périlleuse par le pas de la Claie (aujourd'hui pas de la Clé) jusqu'à l'Isère où "les flotteurs" pouvaient les faire naviguer par radeaux de bois jusqu'aux marchés d'Avignon ou de Beaucaire.
 
Le seigneur de Sassenage n'admettait pas, bien sûr, ce commerce lucratif qui s'organisait sans lui. Mais l'habitude était déjà prise qui durera cinq siècles : En 1850 ce commerce était toujours source de profit pour les Autranais et ils étaient encore en procès avec l'Administration. Les "Eaux et Forêts" affrontaient ainsi au XIXe siècle, les difficultés qu'avaient déjà connues au Moyen-Âge les barons de Sassenage.